jeudi 20 juillet 2017

2/ Confessions d'exception : G Arthur GOLDSMITH

2/ PUNITIONS, GIFLES, FESSÉES.

C’est par une journée printanière 18 mai 1938 que Georges – Arthur Goldschmitd et son frère cadet quittent leur région natale, leurs parents, qu’ils ne reverront plus, pour un court séjour à Florence avant le pensionnat français, situé en Haute – Savoie à Florimontane.
Internat d’un autre siècle où les châtiments corporels sont la règle- sous la menace constante des rafles d’enfants juifs- G-A Goldschmitd deviendra le souffre-douleur des autres pensionnaires.



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Devenu écrivain, G-A Goldschmidt fouille sa mémoire pour retrouver « le goût » de ces punitions, fellations obligatoires et flagellations répétitives, retrouver le sentiment confus d’un plaisir pris à ces sévices.
 Marie José LUCAS directrice de l’établissement ( liée au colonel de La Rocque, le fondateur de la Croix-de-Feu) appartînt dès le début à la résistance, c’est à elle que G-A Goldschmitd et son frère doivent d’être en vie.


Extraits : 

« Tout enfant pensionnaire de l’époque ( 1941 à 1942) vivait dans la punition, c’était un état naturel….
 Lignes et punitions de tous ordres devenaient ainsi un véritable refuge dans un univers d’enfance sans recours. 
Le tarif variait de cent à cinq cents lignes, c’est-à-dire de cinq pages de cahier à vingt – cinq environ. Il fallait écrire autant de fois qu’il y avait de lignes « je ne dois pas parler en classe », ou bien « je ne dois pas sucer mon pouce », ou encore «  je dois écouter ce qu’on me dit ».
 Des lignes , j’en fis des milliers, et lorsque bien plus tard je commis avec un autre pensionnaire je ne sais quelle faute- en tout cas ce n’est pas ce que l’on pourrait penser- j’en fus le seul puni ( les parents de l’autre payaient mieux)
 Je fus condamner à faire deux mille lignes…
 J’ appris ainsi à seize ans passés, l’orthographe une fois pour toutes. Jusque là, je faisais en général de vingt à trente fautes dans une dictée de vingt lignes.
 L’agenouillement sur une règle carrée ou sur ses propres doigts était lui aussi chose courante.
La directrice se tenait au fond de la salle, gifle prête.
Comme elle portait des semelles de crêpe, on ne l’entendait jamais venir et on avait beau être sur ses gardes, la gifle n’en tombait pas moins appliquée de toute la main un peu en creux, de sorte à bien prendre : on en avait la tête qui bourdonnait et on voyait tout en rouge.
Je ne vivais plus que bras replié, coude en avant, abritant le visage.
On m’accusait alors d’avoir «  mauvais esprit » et de vouloir faire croire à tout le monde qu’on passait son temps à me gifler, et on me giflait à tout de bras pour bien m’apprendre qu’on ne me giflait pas.
Cette « bonne » Marie-José Lucas savait mieux que personne que tout éducateur( 1941 à 1942) un temps soit peu digne de ce nom se doit d’inventer des fautes et de mijoter un ou deux coupables, toujours prêts à l’emploi.
Quel plaisir pour un éducateur de déterminer ce qui est faute et ce qui ne l’est pas et de disposer de l’enfant. Avoir la maîtrise d’un enfant nuit et jour, d’un enfant sans répondant et sans protection, d’un orphelin , quelle suprême, quelle enivrante école de sadisme….
Toute la difficulté c’était de faire durer!
Pour moi, c’était sans problème, on était pas près de venir me reprendre, bien heureux encore qu’on me garde, étant donné les circonstances…
 J’ étais devenu un maître en hypocrisie et je savais arranger mes mensonges comme personne, au point que tout en me punissant , on devait se sentir un peu coupable.
 Je ne cessais de tricher pour que les autres soient en faute et je ne redevenais sincère que si la punition était suffisamment sévère et prolongée. Je me répugnais, et plus j’avais mauvaise conscience, plus je provoquais, retors.
 De la punition, j’en redemandais, cela me rendait intéressant, inondé de larmes répandues à profusion…
 Par une sorte de provocation infantile, j’en vins à m’accuser de fautes que je n’avais pas commises, je prenais les devants par haine, par désespoir…
 Une maladresse feinte ne cessait d’attirer l’attention sur moi, et pleurant sous les gifles, les coups de règle et surtout « les fessées déculottées » appliquées, heureusement, sans ménagement ni complaisance aucune, je me délectais de moi dans l’agacement des autres.
 Je me délectais de tout ce qui m’arrivait. Je me pourléchais de mon malheur, dont j’agaçais tout le monde.
 En proie à une agitation incessante, j’étais tout le temps à la fois acteur et témoin de moi-même. 
Je savais exactement ce qu’il fallait dire ou faire pour me rendre odieux et détestable et je le faisais, sans jamais le moindre effort.
J’étais à tous égards un petit pervers et ravi de l’être. »

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Sources :

” La traversée des fleuves” autobiographie/ Georges- Arthur GOLDSCHMITD.  Editions du Seuil. ” Prix de l’écrit intime.”


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